LE RÔLE DU BRÉSIL DANS LA PROMOTION DU PORTUGAIS DANS LE MONDE


17 de février de 2020

Intervention du chef du service de coopération éducative et de promotion de la langue portugaise de l’ambassade du Brésil à Paris, en Sorbonne, lors des commémorations du centenaire de l’enseignement du portugais aux universités françaises :

Il est fréquent d’entendre en France que les Brésiliens et les Brésiliennes parlent « le brésilien ». C’est pourtant quelque chose que l’on n’entendra jamais dans les rues au Brésil. Bien qu’elle tire son nom de celui d’un autre pays, notre ancienne métropole, notre langue est la langue portugaise, et le portugais est ressenti par tous les Brésiliens comme un patrimoine national, un symbole de notre identité.

Le portugais est, en effet, la principale chose que partagent un habitant de l’Amapá, frontalier de la Guyane, au Nord du Brésil, et un habitant des petites villes de colonisation allemande de Santa Catarina, au Sud, ou encore l’un des nombreux descendants des différents peuples dont les plus grandes diasporas au monde se trouvent actuellement au Brésil : les peuples africains tout d’abord, et bien sûr les Portugais, mais aussi les Italiens, les Japonais, les Libanais, et tant d’autres nations qui ont contribué à former ce qui est aujourd’hui le cinquième pays du monde en superficie et en population.

Pour le Brésil, par conséquent, la langue portugaise est un symbole national et un motif de fierté. Elle nous offre un lien direct avec le continent européen, mais également avec l’Afrique et aussi l’Asie et le Pacifique.

En 1989, la première conférence qui a réuni tous les pays de langue portugaise a été réalisée au Brésil. C’est cette réunion qui a créé l’Institut international de la langue portugaise, et qui a posé les jalons de la Communauté des pays de langue portugais, la CPLP.

Le Brésil estime que la promotion de la langue est aussi une promotion de l’image, des valeurs et des intérêts des pays qui la parlent. La promotion du portugais par le Brésil est ainsi assurée par le ministère brésilien des Affaires étrangères, l’Itamaraty, dont la Division de l’éducation et de la promotion de la langue portugaise coordonne les activités de promotion linguistique de toutes les ambassades et consulats dans le monde.

Dans le cas de l’ambassade du Brésil en France, ces actions de promotion linguistique constituent un grand défi, mais en même temps une grande opportunité. Ce défi concerne la présence de longue date du portugais en France et le contexte de cette présence.

Le poids démographique du Brésil, qui compte aujourd’hui 210 millions d’habitants (chiffre qui ne prend pas en compte les importantes communautés de Brésiliens à l’étranger), nous a habitués à certains bénéfices. Ce n’est pas un hasard si, par exemple, le portugais est actuellement la langue la plus parlée dans tout l’hémisphère sud.

Les Brésiliens sont habitués à entendre des étudiants de portugais des villes sud-américaines et nord-américaines, mais aussi du Japon et du Moyen Orient, parler avec un accent brésilien. C’est donc toujours une surprise d’apprendre, par exemple, que le portugais est, selon certaines estimations, la langue étrangère d’héritage la plus parlée en France, ou la deuxième, si l’on considère tous les dialectes arabes comme une même langue, mais que, pour une fois, cela n’est pas vraiment dû au Brésil.

La présence des Portugais et des Portugaises en France et les liens historiques, sociaux et surtout humains qui rapprochent ces deux pays sont si forts qu’il serait très difficile, dans l’enseignement de la langue dans ce pays, de rivaliser avec la variante lusitanienne. Et là est justement notre chance, le fait que nous ne sommes, en aucune manière, en compétition. L’apprentissage du portugais avec l’accent d’un pays ne se fait pas au détriment de l’autre variante. Elles sont avant tout complémentaires : elles se renforcent, elles augmentent la visibilité de la langue dans son ensemble. Travailler pour la promotion du portugais en France est ainsi une grande opportunité, puisque cela permet d’être témoin du rôle absolument central que la promotion linguistique joue au Portugal. C’est une source d’inspiration de voir le travail quotidien de promotion du portugais réalisé dans toute la France par le ministère portugais des Affaires étrangères, par l’ambassade du Portugal à Paris, par la Coordination de l’enseignement du portugais en France et par les différentes associations en France, soutenues par l’État portugais.

Il est nécessaire, de plus, de souligner la générosité de l’ambassadeur du Portugal à Paris, Monsieur Jorge Torres Pereira, qui insiste toujours pour placer le Brésil et les autres pays lusophones sur un pied d’égalité avec le Portugal, dans toutes les activités de promotion de la langue en France. Cette courtoisie est aussi partagée par le ministre portugais des Affaires étrangères, Monsieur Augusto Santos Silva, qui, lors de conférences publiques sur la langue, a toujours cette même générosité quand il indique que la langue portugaise n’appartient pas à un seul pays ou à un seul peuple, mais qu’elle est pluricentrique et un patrimoine commun à tous ceux qui la parlent.

Faisant sa part dans la promotion du portugais dans le monde, le Brésil rémunère des lecteurs brésiliens dans plus de 20 pays, dont la France. Poste encore peu connu du grand public, le lecteur ou la lectrice est, en général, un professeur envoyé par le gouvernement de son pays dans une université étrangère pour y enseigner sa langue et sa littérature.

Le plus ancien lectorat brésilien en France a été établi à la Sorbonne, qui, en 1952, a reçu notre premier lecteur. La Sorbonne Nouvelle compte jusqu’à aujourd’hui une lectrice brésilienne, qui, comme il est d’usage, a un contrat de deux ans, renouvelable.

L’ambassade du Brésil s’est également engagée, ces dernières années, dans la création de deux sections internationales lusophones dans la région parisienne, l’une au Lycée International de l’Est parisien et l’autre au Collège international de Noisy-le-Grand, qui, tout comme pour la section internationale qui existait déjà dans le département français de la Guyane, enseignent non seulement la langue portugaise, mais aussi l’histoire, la géographie et la culture du Brésil, en portugais.

En 2017, l’ambassade du Brésil a également organisé la première Rencontre de professeurs de portugais en France, sur deux jours d’activités. Réalisée à l’ambassade, cette réunion a permis à presque une centaine de professeurs et enseignants de portugais en France, venus de différentes villes, de différents types d’établissements et de statuts divers, de se réunir pour la première fois, dans le but de partager des expériences non seulement entre eux, mais aussi avec des autorités françaises et des membres des corps diplomatiques des pays lusophones, présents à l’invitation du Brésil.

Cette expérience jusque-là inédite s’est révélée si positive qu’elle est, depuis, reproduite chaque année, et a déjà porté ses fruits.

Lors de la première rencontre, par exemple, suite à notre demande de suggestions d’actions possibles, certains professeurs ont proposé à l’ambassade qu’elle élabore une cartographie des études lusophones, outil qui n’existait pas en France. Une carte qui présenterait, pour chaque département français, les universités proposant le portugais en licence, master, doctorat, les universités enseignant l’histoire des pays lusophones, etc. Par son soutien financier, le gouvernement brésilien nous a permis de créer ce site, la Cartographie des Études lusophones en France, mis en ligne en mai 2019, lors de la 3e Rencontre des professeurs de portugais à l’ambassade du Brésil.

Cette cartographie, disponible à l’adresse http://carto.educ-br.fr, permet que des personnes du monde entier prennent connaissance, en quelques clics, de tous les lieux où l’on enseigne le portugais en France dans leurs diverses modalités. Elle est également très utile pour nous-mêmes, les gouvernements des pays lusophones, puisqu’elle nous donne la possibilité d’identifier facilement, et pour la première fois, les régions de France ayant une plus grande ou une plus faible offre de formations en portugais, et ainsi de formuler des politiques appropriées.

Le panorama que cette cartographie nous dévoile est très favorable : tout d’abord, elle montre que la langue portugaise est aujourd’hui enseignée dans la plupart des universités françaises : après les nombreuses fusions récentes, il y a aujourd’hui 67 universités françaises, dont pas moins d’une quarantaine proposent l’enseignement du portugais. De plus, quatorze d’entre elles offrent aux étudiants non seulement des cours de portugais, mais aussi des cursus complets de licence en langue portugaise.

Deuxièmement, la cartographie nous permet de voir qu’il y a une bonne distribution de ces formations : toutes les régions administratives de la France continentale possèdent aujourd’hui des universités proposant des études de portugais.

Troisièmement, la cartographie montre que le portugais est enseigné dans plus de 50 « grandes écoles » françaises, ces établissements prestigieux qui forment les élites françaises dans certains domaines de l’enseignement supérieur, notamment celui des ingénieries.

Outre la cartographie, ces rencontres d’enseignants de portugais à l’ambassade du Brésil ont produit un autre résultat positif : celui d’avoir réuni les ambassadeurs lusophones à Paris, ce qui leur a permis de prendre des mesures conjointes en faveur de notre langue.

Par exemple : début 2019, le gouvernement français annonçait la réforme de l’enseignement secondaire, dont un point portait grand préjudice au portugais : la création d’une nouvelle catégorie de langues de spécialité, n’incluant que l’anglais, l’espagnol, l’allemand et l’italien.

Ainsi, l’ambassade du Brésil a rapidement contacté les autres ambassades lusophones à Paris, pour suggérer que la question soit traitée par le biais de mesures conjointes. L’ambassadeur du Portugal a alors proposé d’adresser une lettre conjointe au ministre français de l’Éducation nationale, que les ambassadeurs lusophones ont tous signée à l’ambassade du Brésil, où ils étaient réunis lors de la rencontre annuelle des enseignants de portugais.

Hormis la lettre et plusieurs importantes démarches entreprises par l’ambassade du Portugal et le gouvernement portugais, le ministre brésilien des Affaires étrangères, lors de sa visite à Paris en mai 2019, a abordé le sujet avec son homologue français, en soulignant qu’il n’y avait aucune raison d’y inclure l’italien et l’allemand mais pas le portugais. Il a ainsi été rappelé que le portugais possède le double du nombre de locuteurs d’allemand, et plus de trois fois celui de l’italien. Et, bien qu’il soit vrai que ces deux langues sont des langues de frontière pour la France, il faut toujours rappeler que la plus grande frontière de la France dans le monde est celle qu’elle partage avec le Brésil, en Guyane.

La bonne nouvelle est que toutes ces démarches ont provoqué une réaction du gouvernement français, qui est revenu sur ce point et a décidé d’inclure le portugais, aux côtés de l’allemand, de l’italien, de l’espagnol et de l’anglais, parmi les langues de spécialité qui seront offertes à partir de 2020 lors de la réforme de l’enseignement secondaire en France.

Par ailleurs, l’ambassade brésilienne promeut également des rencontres de portugais comme langue d’héritage, tournées essentiellement vers les parents d’enfants lusophones, au cours desquelles des pédagogues travaillent avec eux pour empêcher la perte, chez les enfants nés en France, de leur référence linguistique.

Autre point significatif : le Salon du Livre de Paris, où chaque année, depuis longtemps, le Brésil installe un stand, qui finit par devenir un espace de toute la lusophonie. Toujours dans l’idée de transmettre un patrimoine commun, nous y invitons des librairies lusophones à exposer leurs livres, et les visiteurs peuvent constater que la majorité des ouvrages exposés ne sont pas forcément brésiliens.

Enfin, le gouvernement brésilien fait aussi, traditionnellement, la promotion de la langue à travers le financement d’importantes œuvres linguistiques concernant le portugais. Que ce soit le VOLP, le plus grand vocabulaire orthographique de la langue portugaise jamais publié, ou le dictionnaire Houaiss, le plus grand dictionnaire de la langue, ce sont des œuvres qui ont été financées par le gouvernement brésilien. Dans ces deux cas, le monde de la lusophonie a pu compter non seulement sur le gouvernement brésilien, mais aussi sur le travail et le dévouement de toute une vie d’Antônio Houaiss, qui était lui-même un diplomate brésilien de carrière.

Le gouvernement brésilien a aussi récemment financé l’édition et la publication du Vocabulário do Português Medieval d’Antônio Geraldo da Cunha, sans doute la plus importante compilation jamais publiée des mots du portugais et du galaïco-portugais médiévaux – une œuvre très importante pour tous ceux qui étudient l’évolution de cette langue. Un millier d’exemplaires de cette œuvre ont été imprimés, dont plusieurs ont été offerts à la France. L’ambassadeur du Brésil a personnellement insisté pour en offrir des exemplaires aux principales bibliothèques publiques de Paris.

Le Brésil reste ainsi engagé dans la promotion de la langue portugaise, en France et dans le monde entier, son objectif étant, ce faisant, de promouvoir également sa propre culture, ses valeurs et son image ; et il se réjouit énormément de pouvoir le faire aux côtés et avec le soutien du Portugal et des autres pays lusophones.

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